En regardant les coupures malheureuses de 10 % à Radio-Canada (115 millions $) et à l'ONF (6,7 millions $) dans le dernier budget fédéral, je me suis posé la question : Et si on fusionnait Radio-Canada et l'ONF en une seule entité? Heum!
J'adore écouter sur le Web l'ONF, n'ayant pas accès autrement; d'autre part Radio-Canada malgré mes nombreuses critiques « de Montréalisation » reste la station de télévision que j'écoute le plus. Mais imaginez si on dote notre radiodiffuseur de la capacité de production originale de documentaires et de films d'animation de l'ONF. Imaginez aussi la vitrine puissante que pourrait être Radio-Canada, ArtTV et Explora pour la diffusion des films de l'ONF. Et à cela pensez aux potentiels Web de l'ONF interactif et de Tou.TV qui profiteraient de la plus grande banque de création audio-visuelle au pays.
En lisant certains commentaires d'internautes sur les coupures, je constate que plusieurs reprochent à Radio-Canada de remplir de moins en moins son mandat culturel. « Que l'organisme rehausse la qualité des émissions, à la place de copier maladroitement ses rivaux, qu'elle redevienne la référence culturelle et l'on « pestera » alors contre des coupures qui, pour l'instant, paraissent parfaitement justifiées... » écrit un certain Jean-Léon Laffitte.
Rappelons que l'ONF a su à travers l'histoire se faire l'interprète du Canada auprès des Canadiens et des autres nations et à toujours été une pépinière de jeunes cinéastes. On lui doit les débuts de Pierre PERREAULT, Gilles CARLE, Michel BRAULT, Gilles GROULX, Claude JUTRA, Denys ARCAND pour ne nommer que les plus célèbres. Déjà en 2007, l'ONF avait été mis en nomination aux Oscars à 70 reprises et en avait remporté 12. Mais est-ce que l'ONF a su relevé le défi d'être vu? Peu de gens dans mon entourage culturel vont être capable de me donner la liste des sorties 2011 ou me commenter une production ONF qu'ils ont récemment vue.
Une fusion nous permettrait peut-être d'envisager un Radio-Canada sans publicité (ou avec moins), des productions de l'ONF/SRC pouvant être visible davantage au Canada et partout dans le monde.
Évidemment, une telle fusion demandera de revoir l'ingénierie corporative, et sans doute l'abolition de nombreux cadres. Oui, la liste des noms aux génériques des productions pourrait être réduite, mais le nombre de productions et la diversité régionale et sociale s'en trouveraient sans aucun doute accrus. Imaginez ce qu'un cinéaste peut faire avec le 100 000 $ et plus que demandera la coupure d'un seul poste de gestionnaire. Quant aux mandats, je ne vois même pas la nécessité de les revoir puisqu'ils sont complémentaires et qu'au contraire, ils se trouveraient renforcés par la synergie de l'autre.
Est-ce que le gros poisson mangera le plus petit ? Une nouvelle Loi SRC/ONF devra garantir la capacité de production et distribution des oeuvres audiovisuelles distinctives, originales et innovatrices que produit actuellement l'ONF. Les façons de faire de l'ONF (régionalisation, développement de l'aide artisanale, encourager les créateurs, privilégier la créativité et les productions socialement engagées) et sa capacité d'innover sont pour moi des valeurs corporatives qui devraient transformer la façon trop rigide de faire de Radio-Canada.
Est-ce une idée de fou, ou une façon de penser différemment ? Je lance le pavé dans la marre...